Je me souviens d’avoir aimé certains livres au point de garder les yeux ouverts bien trop tard dans la nuit, happée par l’histoire alors que le réveil du lendemain matin n’allait pas me faire de cadeau.
Pourtant, si je devais les recommander aujourd’hui, je serais parfois bien incapable d’en raconter les détails croustillants, ceux qui pourraient justement donner à quelqu’un d’autre l’envie de les découvrir.
Je pourrais toujours assurer qu’ils étaient « vraiment bien », mais il faut reconnaître que l’argument n’est pas convaincant.
Je crois que le tour le plus vicieux de ma mémoire littéraire reste cette fois où je me suis attardée sur la quatrième de couverture d’un livre dans les rayons de la Fnac. L’intrigue me plaisait, la couverture attirait mon regard et j’envisageais déjà de l’ajouter à ma pile à lire pendant que ma raison tentait de négocier avec ma carte bleue.
J’ai finalement reposé le livre. Heureusement, puisqu’il s’est avéré que je l’avais déjà lu quelques années plus tôt.
À ce stade, il devenait peut-être temps de trouver une solution.
Téléphone en main, je suis devenue assez experte dans l’art de photographier à la va-vite les couvertures des livres qui pourraient, un jour, rejoindre ma bibliothèque. Une couverture me plaît, je prends une photo.
Hors des rayons, j’aime aussi suivre les passionnés de lecture sur les réseaux sociaux. J’y découvre des romans dont je n’avais jamais entendu parler, des auteurs inconnus ou des livres qui reviennent si souvent dans les recommandations des lecteurs que je finis par céder à la curiosité.
Parfois, je note soigneusement la référence dans l’application Notes de mon téléphone. D’autres fois, je sauvegarde une publication sur Instagram en étant absolument convaincue que je reviendrai la consulter plus tard.
Aussitôt consigné, aussitôt oublié.
Un peu comme cette recette de one pot pasta que je devais absolument essayer un soir de flemme et qui doit encore dormir quelque part entre une photo du chat et une capture d’écran quelconque.
Il faut dire que mes habitudes de lecture ne me simplifient pas vraiment la tâche. Je lis principalement sur ma liseuse, qui contient déjà sa propre pile à lire, mais je continue aussi à acheter des livres papier et j’écoute parfois des livres audio.
Mes lectures sont donc réparties entre plusieurs supports, tandis que mes envies futures vivent encore ailleurs, entre mes photos, mes notes, mes sauvegardes et une mémoire dont les performances viennent d’être sérieusement remises en question.
J’ai fini par décider qu’il serait plus simple de réunir tout cela dans un seul endroit. Un carnet de lecture.
C’est de cette accumulation un peu chaotique qu’est né, quelques temps plus tard, Mémoire des Livres.

L'amour du papier face à mon quotidien
Je fais partie de cette catégorie de personnes capables de faire basculer un compte en banque du vert vers le rouge à cause d’un énième carnet.
Il suffit parfois d’une belle couverture, d’un papier légèrement texturé et de quelques pages parfaitement vierges pour que je sois convaincue que ma vie entière va devenir plus organisée.
Le carnet rentre à la maison, trouve une place sur mon bureau et y reste quelque temps, soigneusement fermé mais régulièrement admiré, jusqu’au jour où je décide de faire place nette et où il rejoint ses collègues dans une boîte, en attendant que je lui trouve une utilité digne de ce nom.
Dans la vraie vie, lorsque j’ai une idée à noter rapidement, elle atterrit rarement dans le beau carnet prévu à cet effet. Elle est griffonnée dans un vieux cahier de brouillon, enregistrée dans mon téléphone ou esquissée directement sur ma tablette.
Mon amour pour la papeterie est donc tout à fait sincère, mais mon quotidien, lui, est devenu beaucoup plus numérique.
Pendant longtemps, l’idée même d’un carnet digital m’a semblé contradictoire. Dans mon esprit, un carnet devait avoir des pages que l’on tourne, une couverture que l’on touche et quelques stylos choisis avec un sérieux probablement disproportionné.
Puis j’ai fini par admettre une évidence : si je voulais réellement utiliser un carnet de lecture, il fallait qu’il corresponde à mes habitudes plutôt qu’à l’image très esthétique que je me faisais d’un journal parfaitement tenu sur un bureau impeccable.
Mon bureau n’étant, par ailleurs, presque jamais impeccable, la décision s’est imposée assez naturellement.
Je ne voulais surtout pas créer un carnet qui transforme chaque roman terminé en fiche de lecture scolaire.
Je lis pour le plaisir de lire et c’est tout.
Ce que je voulais conserver était beaucoup plus simple : le titre et l’auteur, bien sûr, mais aussi cette phrase soulignée parce qu’elle était tombée juste, le personnage auquel je m’étais attachée, le lieu de l’histoire dans lequel j’aurais volontiers passé quelques jours ou encore le nom de la personne à qui j’avais immédiatement pensé en refermant le livre.
Parce qu’au fond, un livre ne se résume pas toujours à son intrigue.
Il m’arrive de me souvenir très précisément du moment où j’ai lu un roman alors que le prénom du personnage principal s’est déjà évaporé. Je me souviens, par exemple, de ce passage au tabac-presse dont je suis ressortie avec ma dose de nicotine et un livre acheté sur un coup de tête. J’ai regretté cet achat presque aussitôt, avant de découvrir quelques jours plus tard que le fameux livre était une pépite.
C’est cette mémoire-là que j’avais envie de garder.
C’est ainsi qu’est né Mémoire des Livres, un carnet de lecture numérique pensé pour réunir les livres lus, les prochaines envies et les petits souvenirs qui gravitent autour de la lecture.
J’y ai ajouté une bibliothèque pour retrouver les livres terminés, un espace pour les prochaines lectures, des fiches simples à compléter lorsque j’en ai envie, mais aussi des pages pour conserver les citations, les favoris, les librairies que l’on aime ou que l’on aimerait découvrir et quelques souvenirs liés aux différentes saisons de lecture.
Je ne voulais pas dresser seulement une liste de titres. Je voulais pouvoir retrouver un peu de ce qui entourait chaque lecture.
Un carnet qui accompagne la lecture
Je lis régulièrement, mais je ne cherche pas particulièrement à lire toujours plus.
Il y a des semaines où je dévore les pages, puis d’autres où quelques lignes avant de dormir suffisent largement. Il m’arrive aussi de commencer un livre, de le laisser de côté et d’y revenir plus tard.
Je refuse assez catégoriquement l’idée de pouvoir être « en retard » dans un loisir.
C’est probablement ce qui m’a le plus guidée lorsque j’ai créé ce carnet. Mémoire des Livres devait accompagner les lectures, et non les surveiller.
Il n’y a donc aucun défi à relever, aucun nombre de livres à atteindre et aucune obligation de remplir toutes les pages.
Certaines lectures donnent envie de conserver beaucoup de détails. Pour d’autres, quelques mots suffisent. On peut remplir toute une fiche, noter simplement une citation ou revenir plusieurs semaines plus tard pour ajouter un souvenir.
Et si certaines pages restent vides, elles resteront vides. Le monde devrait s’en remettre.
Je connais trop bien l’enthousiasme du premier jour devant un carnet neuf, lorsque l’on imagine déjà toutes les pages soigneusement remplies et que l’on se persuade qu’à partir de maintenant, tout sera parfaitement organisé. Trois semaines plus tard, le carnet nous regarde parfois depuis une étagère avec une légère accusation dans les yeux. Je voulais précisément éviter cela.
Le format numérique m’a finalement convaincue pour cette raison aussi. Je peux revenir sur une page, ajouter quelque chose plus tard et surtout garder mes lectures au même endroit au lieu de les disperser entre ma liseuse, mon téléphone, mes photos et ma mémoire approximative.

Pour les lectrices qui aiment surtout lire
J’ai créé ce carnet pour les lectrices qui ressemblent un peu à celle que je suis.
Celles qui ont presque toujours un livre en cours, qui peuvent lire cent pages sans voir le temps passer puis seulement trois lignes le lendemain avant que leurs yeux ne se ferment.
Celles qui entrent dans une librairie « juste pour regarder » et qui ressortent parfois avec un livre sous le bras.
Celles qui photographient une couverture en étant certaines qu’elles s’en souviendront, enregistrent une recommandation sur Internet avant de l’oublier quelques minutes plus tard et aiment autant les livres que tout ce qui les entoure : les librairies, les marque-pages, les citations glanées, les piles à lire et ces moments de calme où l’on peut enfin reprendre son histoire.
Mais surtout, je l’ai créé pour celles qui n’ont aucune envie de faire de la lecture une compétition.
Je continuerai probablement à oublier le prénom de certains personnages secondaires et à prendre des photos de livres dans les rayons, question d’habitude. Il n’est même pas totalement impossible qu’un jour je considère de nouveau très sérieusement l’achat d’un roman que j’ai déjà lu. Je préfère rester réaliste.
Mais la prochaine fois que quelqu’un me demandera pourquoi j’ai tant aimé un livre, j’espère pouvoir répondre un peu mieux que : « Je ne me souviens plus exactement… mais crois-moi, il était vraiment bien. » Ce sera déjà un progrès.
Garder une mémoire de ses livres
Mémoire des Livres est le carnet de lecture numérique que j’ai imaginé pour réunir, dans un même endroit, les livres lus, les prochaines envies, les citations et les petits souvenirs qui entourent les lectures.
Il n’y a aucun objectif à atteindre, aucun défi à suivre et aucune obligation de tout remplir.
Seulement un endroit où garder ce que l’on n’a pas envie d’oublier.
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